Le Var autrement —
ce territoire qui repose l’âme
Travel Planner née en Provence, je vous emmène dans les endroits que j’aime — ceux que je connais par cœur et qui me surprennent encore.
Il y a des endroits que l’on croit connaître parce qu’on en a entendu parler. Saint-Tropez, Bandol, les Gorges du Verdon. Des noms qui circulent, des images que l’on a vues avant d’y être. Le Var, pour moi, c’est autre chose. C’est le territoire où je suis née, où je vis, et que je redécouvre à chaque saison comme si c’était la première fois.
Ce n’est pas un sentiment nostalgique. C’est quelque chose de plus physique — un frémissement.
La presqu’île de Giens,
entre deux mers
On marche. On sinue entre les pins et les chênes verts, le sentier longe la falaise, se faufile dans le maquis. Et puis, au détour d’un virage, une crique se dévoile — l’eau turquoise, le silence, la roche. Un paysage que je connais par cœur. Et devant lequel je m’arrête, chaque fois, comme si c’était la première.
Le double tombolo de Giens est l’une des formations géographiques les plus singulières du littoral méditerranéen — deux bandes de terre étroites qui relient la presqu’île au continent, avec la mer des deux côtés. Vu d’en haut, depuis les sentiers qui surplombent la côte, c’est vertigineux de beauté. Sous l’eau, en snorkeling, les fonds révèlent leurs couleurs dans une lumière d’une clarté absolue.
Ce qui me touche à Giens, ce ne sont pas seulement les paysages. C’est la totalité sensorielle de l’endroit. Le vent qui fait frémir les oliviers et leur donne des reflets argentés au soleil. L’odeur des pins chauffés. La vue au loin sur les Îles d’Or, sur la baie de Carqueiranne, sur Toulon et Saint-Mandrier.
Et, depuis le village perché de Giens, un lieu en hauteur offre une vue à couper le souffle : d’un côté la plage de l’Almanarre qui s’étire en contrebas, de l’autre Porquerolles qui flotte à l’horizon. Deux panoramas en un seul regard. Un de ces endroits que l’on garde pour soi.
Porquerolles —
l’île qui s’approche
Avoir un frère avec un bateau, c’est un privilège que je mesure à chaque traversée.
La presqu’île de Giens est le point d’embarquement naturel pour Porquerolles. Le bateau prend de la vitesse, le vent s’engouffre, et l’île commence à se dessiner à l’horizon. Elle se dévoile progressivement — le phare d’abord, puis les contours, puis le petit port qui s’ouvre avec ses pointus amarrés et ses palmiers qui bordent la rue centrale. Ce moment de l’approche, je ne m’en lasse pas.
Sur l’île, hors saison, le temps change de nature. On pédale sur des chemins de terre entre les pins et les vignes. On marche sur 54 kilomètres de sentiers sans rencontrer la foule. On respire différemment.
Et depuis 2018, Porquerolles abrite un lieu que je trouve absolument remarquable : la Villa Carmignac. On entre pieds nus — c’est la première instruction, et elle dit déjà tout. Sous un toit de verre et d’eau, dans un espace souterrain de 2000 mètres carrés au cœur d’un jardin labellisé « Jardin remarquable », l’art contemporain dialogue avec l’île. En 2025, l’exposition Infinite Woman m’avait profondément touchée. En 2026, Sea, Pop & Sun vient d’ouvrir ses portes jusqu’au 1er novembre — une ode à la liberté des années 60 et 70, avec Warhol, Lichtenstein, Evelyne Axell, Martial Raysse et une sculpture monumentale inédite de Théo Mercier installée sous le plafond d’eau. Le titre lui-même, clin d’œil à Gainsbourg, dit quelque chose de l’esprit du lieu : léger en surface, profond en dessous.
Il faut que je demande à mon frère une traversée avant l’été — parce que cette exposition-là, je ne vais pas la rater.
Hyères —
la ville haute et ses âmes
Mais Porquerolles n’est pas le seul endroit où l’art dialogue avec ce territoire. À Hyères même, au cœur de la ville, un lieu m’est profondément cher — autant pour ce qu’il est que pour ce qu’il représente dans mon histoire personnelle.
Mes parents reposent dans un cimetière au pied des collines des Maures. Mais l’âme hyéroise de ma mère, elle, est là-haut — au-dessus de la vieille ville, dans cette lumière particulière qui baigne les ruelles médiévales et les toits ocre de la ville haute.
C’est dans cette ville que se trouve La Banque — musée des Cultures et du Paysage. Une ancienne succursale de la Banque de France construite en 1925, dont les collections permanentes sont conservées dans l’ancien appartement du directeur et dans la salle des coffres. On entre dans l’histoire d’une ville — 8 000 œuvres, un parcours permanent, et un jardin où des installations éphémères viennent s’installer au fil des saisons.
Ce qui me touche dans ce musée, c’est le niveau des expositions temporaires. Des artistes majeurs du XXe siècle sont venus jusqu’ici — Miró, Warhol, Braque, Man Ray, Dufy. Le musée accueille en 2026 une exposition consacrée à Gustave Courbet, ce peintre du Réalisme dont l’œuvre explore avec une acuité presque charnelle les paysages, les femmes et la nature — un regard sur le monde qui n’est pas si éloigné, finalement, de celui que le slow tourism encourage.
Le printemps —
quand le Var se réveille
Je vis dans la colline. C’est un détail qui change tout à la façon dont on perçoit le Var.
Au printemps, mon territoire se réveille avec un bruit — les oiseaux. Pas une ambiance sonore abstraite : un pivert dans mon cerisier, une huppe fasciée sur mon portail, une grue qui passe, des geais, des faisans, des rouge-gorges, des mésanges. La nature reprend ses droits avec une précision et une générosité qui me surprennent encore après toutes ces années.
Tout est vert et fleuri. Il fait beau, plus chaud, on sort davantage marcher. C’est la saison idéale pour venir découvrir le Var — avant les foules de l’été, dans une lumière encore douce, avec des hébergements disponibles et des routes dégagées.
Et puis, au printemps, il y a ce glacier artisan qui ouvre ses portes quand la saison s’y prête. On y vient pour ses sorbets : menthe avec ses éclats de chocolat croquants, chocolat noir intense, et cette glace aux marrons avec ses éclats de marrons glacés qui font craquer même les plus raisonnables. Des saveurs qui me régalent à chaque fois. Il ferme en octobre, une fois l’été digéré. C’est une de mes pépites.
L’automne —
la saison que j’aime peut-être le plus
L’automne dans le Var est un secret que les touristes ne connaissent pas assez.
Les vignes changent de couleur — du vert au jaune, de l’orange au rouge. Le sentier du littoral redevient le mien : je marche au bord de la mer dans une tranquillité que l’été rend impossible. Les journées sont encore souvent très douces — on se baigne parfois jusqu’en octobre.
Dans les sous-bois, ce sont les champignons, les châtaignes – appelées marrons par ceux qui n’ont jamais entendu le vent souffler dans les Maures – et une odeur particulière, celle de la terre mouillée après la première pluie, qui ne ressemble à rien d’autre. Et puis il y a les châtaignes de mer, que mes neveux pêchent quand la réglementation le permet, et que nous dégustons en pique-nique au bord de l’eau, en famille ou entre amis, avec du pain et un verre de rosé varois.
Ce territoire repose l’âme. Pas parce qu’il est parfait ou préservé de tout — mais parce qu’il offre encore, à ceux qui savent le regarder, des moments de beauté brute et de présence vraie.
C’est exactement ce que je veux transmettre à travers R.E.V.
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S’imprégner
avant de partir
1946. Intemporelle. Elle dit la contemplation, la rêverie, le large.
Né à Hyères en 1955, maître du galoubet-tambourin, l’instrument traditionnel de Provence. Plus de quarante albums. Une musique qui traverse les cultures sans jamais perdre ses racines varoises.
1965. Tourné à Porquerolles, sur la plage de la Treille. Belmondo et Anna Karina. L’image d’une île avant la foule, avant tout.
1988. La mer, la lumière, les îles. Pour retrouver cette atmosphère avant d’y être.
Calmann-Lévy. Un thriller psychologique à Porquerolles. Des amis, un manoir, des secrets enfouis. L’île comme personnage à part entière.
Lattès, 1996. L’histoire vraie de François Fournier, fils d’un batelier belge qui achète l’île en 1912 pour l’offrir à sa femme. Romanesque et épique.
Retrouvez chaque mois mes inspirations, mes pépites et mon regard sur le slow tourism.
